Les Golden State Warriors ont tout intérêt à laisser Stephen Curry jouer plus de pick-and-roll afin de redonner de la splendeur à une attaque en baisse de régime.

Le pick-and-roll, en NBA, c’est la vie. La plupart des équipes se reposent sur ce système simple pour construire leur jeu offensif : un intérieur qui vient poser un écran sur le défenseur du porteur de balle. Il « roule » ensuite vers le cercle, d’où le terme. Les coaches les plus créatifs exploitent ensuite tous les combinaisons possibles qui découlent de ce jeu à deux très basique. Parler du basket moderne aux Etats-Unis, c’est finalement faire essentiellement référence au pick-and-roll et au drive-and-kick (attaquer le cercle, attirer l’attention de la défense et ressortir la balle pour un joueur démarqué).

Le pick-and-roll, c’est le gagne-pain des superstars NBA. Les James Harden, Russell Westbrook, James Harden. Sa popularisation a entraîné une vague de nouveaux meneurs-scoreurs, et inversement. Il permet aux meilleurs attaquants de se créer des tirs plus facilement, ou, à défaut, des opportunités de marquer pour leurs coéquipiers. Les lourdauds capables de détruire leur adversaire direct dos au panier ont été remplacés par des intérieurs longilignes suffisamment mobiles pour décoller vers le cercle en deux pas après avoir posé l’écran. Ils ramassent les miettes si la défense se resserrent sur le porteur du ballon. Les shooteurs profitent eux aussi du pick-and-roll. Ils sont calés dans tous les coins du terrain, sagement derrière la ligne, prêts à dégainer si jamais leur défenseur se rapproche de la peinture pour empêcher la pénétration. Un système, plusieurs dérivés.

Très efficaces sur pick-and-roll, les Warriors sont ceux qui utilisent le moins ce système

Le pick-and-roll, à Phoenix, c’est quasiment le seul système de jeu. Merci Earl Watson. Les Suns ont déjà joué 1536 picks-and-roll en faveur du porteur de balle cette saison. De très loin l’équipe qui utilise le plus cet enchaînement.

A l’autre opposé, il y a les Golden State Warriors. 682 picks-and-roll selon NBA.COM. A peine 11% des possessions offensives jouées par les premiers de la Conférence Ouest.

Jouer le pick-and-roll à outrance n’est absolument pas un gage de succès. Seules trois des équipes classées parmi les dix qui utilisent le plus ce système ont un bilan positif. A l’inverse, seules quatre des dix qui s’en servent le moins dépassent la barre des 50% de victoires. Il y a un équilibre à trouver.

La mécanique des Warriors est quelque peu rouillée depuis la blessure de Kevin Durant. Les joueurs de Steve Kerr sont descendus déjà deux fois sous la barre des 90 points depuis la blessure de KD et Stephen Curry traverse l’une des plus mauvaises périodes de sa carrière depuis son ascension au statut de « double-MVP, demi-dieu vivant, cauchemar des défenseurs ». Il peine à se remettre dans le rythme et manque beaucoup de tirs. Il est clairement moins tranchant.

Alors, une question : pourquoi les Warriors ne se reposeraient pas un peu plus sur le pick-and-roll pour relancer sa superstar et redonner de la splendeur à une attaque flamboyante en panne d’adresse ?

Stephen Curry, un danger permanent sur pick-and-roll

D’abord, un flashback. Rapide. Décembre dernier. Juste après le choc perdu contre les Cleveland Cavaliers le soir de Noël, Stephen Curry, d’ordinaire très policé dans ses réponses, s’est permis une mise au point tactique lors d’une interview accordée à la presse. Sans non plus se plaindre du coaching ou de la stratégie de Kerr, il a réclamé à jouer plus de pick-and-roll.

"Je veux jouer plus de pick-and-roll." Stephen Curry en décembre.

« Je veux vraiment me retrouver plus souvent dans ces situations. Que ce soit pour créer des tirs ou du mouvement, le pick-and-roll est l’une des forces de notre équipe », commentait le meneur des Warriors.

Absolument pas anodin. Le sujet a depuis été dissipé à coup de victoires. Il est temps de le remettre sur le tapis à l’heure où Curry et ses performances – excellentes mais simplement humaines comparées à celles de l’an dernier – occupent l’actualité.

Sur le papier, Golden State a le potentiel pour s’affirmer comme une arme de destruction massive sur pick-and-roll. Stephen Curry a un handle hallucinant qui lui permet d’effacer rapidement n’importe quel défenseur, encore plus s’il peut profiter du chaos créé par un bon pick. Si son vis-à-vis décide de passer sous l’écran – pour anticiper l’attaque du cercle – il laisse démarqué le meilleur shooteur de l’histoire derrière l’arc. S’il essaye de le coller pour empêcher un tir facile, Curry peut profiter de l’élan et de l’espace pour foncer au cercle.

Il est aussi un excellent passeur. Sa vision du jeu et son sens du caviar lui permet de trouver un coéquipier démarqué si jamais la défense préfère protéger la raquette et laisser ouverts des shooteurs à 3-points.

Ce n’est pas un hasard si Draymond Green est le poseur d’écran sur les deux clips. L’homme à tout faire des Warriors a un profil unique. Il est mobile et il est costaud. Même s’il n’est pas un scoreur, il peut finir près du cercle s’il a de l’espace.

Mais le natif de Saginaw est surtout un excellent passeur. C’est peut-être même sa qualité la plus intéressante sur le pick-and-roll. Les défenses adverses ont parfois tendance à « doubler » Curry pour l’empêcher de faire ses tours de magie balle en main. La gonfle revient donc rapidement à Green, qui se retrouve en charge de la création du jeu dans une situation de « 4 contre 3 » (les Warriors sans Curry pris à deux et la défense sans les deux joueurs qui ont trappé le meneur).

Curry P&R 1 Al Horford est contraint de prendre le relais d'Isaiah Thomas en défense sur Stephen Curry. Draymond Green a un boulevard devant lui.
Servi par Curry, Green a attiré l'attention sur lui. Jae Crowder a notamment quitté son vis-à-vis pour venir aider dans la raquette. Servi par Curry, Green a attiré l'attention sur lui. Jae Crowder a notamment quitté son vis-à-vis pour venir aider dans la raquette.
Green n'a plus qu'à servir le rookie Patrick McCaw, seul dans le corner. Green n'a plus qu'à servir le rookie Patrick McCaw, seul dans le corner.

Imaginez maintenant Kevin Durant à la place de Patrick McCaw. Le résultat ? Un 3-points automatique.

Les Warriors ont le luxe de pouvoir placer Durant dans un coin et Klay Thompson dans l’autre sur pick-and-roll. Deux des meilleurs shooteurs purs de la ligue. Rien que ça. Une autre combinaison possible consiste à laisser KD poser l’écran sur l’adversaire direct de Curry et de le laisser faire un pas derrière l’arc dans la foulée. Du pick-and-pop, un dérivé du pick-and-roll. Si la défense double Curry, Durant est seul derrière la ligne. Si les adversaires « switchent » (changent d’adversaire direct), le meneur se retrouve avec un intérieur moins rapide face à lui tandis que son coéquipier fait maintenant face à un arrière certainement plus petit que lui.

"Ce serait très dur de nous arrêter sur pick-and-roll." Kevin Durant

Les picks-and-roll entre Durant et Russell Westbrook faisaient fureur à Oklahoma City. Mais Steve Kerr s’est peu appuyé sur ce tandem, malgré les demandes de son joueur.

« J’adorerai jouer plus de pick-and-roll avec lui », avouait le MVP 2014. « Ce serait très dur de nous arrêter. »

Steve Kerr a déjà plus ou moins été questionné sur la fréquence d’utilisation des combinaisons. Il a sobrement répondu que le pick-and-roll était le système le plus commun en NBA et que son staff cherchait à innover. Effectivement, le jouer à outrance le rend prévisible et les défenses se creusent les méninges toute l’année pour trouver le meilleur schéma susceptible de le contenir. Les Cavaliers et les San Antonio Spurs ne raffolent pas non plus du pick-and-roll par exemple.

Paradoxalement, les Warriors sont déjà l’une des meilleures équipes de la ligue dans ce domaine. Avec 0,9 point rapporté par possession sur pick-and-roll (pour le porteur de balle), Golden State pointe parmi les six formations les plus efficaces de la NBA.

Mais ils jouaient déjà peu de P&R l’an dernier (un pourcentage similaire). Ils étaient en revanche encore plus efficaces avec 0,98 ppp.

Draymond Green peut lui aussi relancer les Warriors

L’adresse, ou plutôt la maladresse, de Draymond Green cette saison pose problème. Il est considéré comme le joueur le plus important de l’équipe. Il l’est aussi en cas de pick-and-roll. Il affichait de très correctes 49% de réussite – et 39% derrière l’arc – la saison dernière. Il est descendu à 43 et 32%. Comme le révélait Mike Budenholzer, le coach des Atlanta Hawks, Green n’est pas le joueur qui concentre l’attention de la défense. L’intéressé peut se vexer mais c’est un fait. S’il faut choisir, les adversaires préfèrent tenter leur chance et le laisser les punir plutôt que les redoutables Curry, Thompson ou Curry. Il se retrouve donc souvent seul (SEUL). A lui de faire payer.

La défense des Celtics a préféré se concentrer sur Klay Thompson après ce 'handoff' avec Draymond Green. La défense des Celtics a préféré se concentrer sur Klay Thompson après ce 'handoff' avec Draymond Green.

Jouer plus de pick-and-roll permettrait à Stephen Curry d’avoir plus la gonfle entre ses mains (précision : c’est tout de même le cas depuis quelques semaines). Il aime sentir le jeu. Il se nourrit de ses shoots en sortie de dribble. Il se met en confiance comme ça.

Les deux Splash Brothers se sont habitués à jouer d’une autre manière pendant plusieurs mois. Ils ont dû s’adapter à un nouveau rôle suite à l’arrivée de Kevin Durant. Ils ne peuvent pas juste enclencher la marche arrière et redevenir en quelques jours les bombardiers qu’ils étaient pendant deux ans. Cela demande un peu de temps, il ne s’agit pas d’enclencher juste un bouton.

Peut-être qu’une utilisation plus importante du pick-and-roll peut aider les Warriors à se sortir d’une passe « moins glorieuse ». A moins que Steve Kerr se garde cette combinaison pour les playoffs.

Mais il serait sans doute trop précipité de s’inquiéter pour les derniers finalistes NBA. Rappelons que les Cavaliers ont perdu 25 matches pendant la saison régulière en 2016. Les Warriors en comptent 12 aujourd’hui. Ils affichent toujours le meilleur bilan de la ligue. A l’image de Curry, ils nous ont simplement habitué à tant d’excellence que nous portons désormais un regard beaucoup plus critique – et sans doute injuste – sur leurs performances.