Le constat est dur : sans être une mauvaise pièce de l'effectif des San Antonio Spurs, Tony Parker n'est plus assez tranchant pour aider son équipe à passer un cap de plus.

A bientôt 35 ans, Tony Parker n'est évidemment plus le scoreur au premier pas supersonique qui terrorisait les défenses NBA d'octobre à juin. Son rôle a évolué. Naturellement. C'est sans rechigner qu'il a accepté d'endosser moins de responsabilités. En tout cas aux San Antonio Spurs. Mais l'icône du basket tricolore réussit une bonne saison. Il n'est donc plus l'une des options majeures de l'attaque texane. Une notion importante au moment de regarder ses statistiques. Avec 9,9 points à 46% aux tirs et 4,6 passes décisives délivrées en 25 minutes, le Français n'a pas grand chose à se reprocher.

Il nous a même surpris. Ancien meneur prolifique et fougueux, il est devenu un gestionnaire calme et réfléchi. Il pose le jeu des éperons, il temporise. Souvent, il place ses coéquipiers. Les motive à faire circuler la balle. C'est lui qui prend soin d'alterner la distribution des cartouches entre LaMarcus Aldridge, Kawhi Leonard et les tireurs d'élite de San Antonio. Rien que par son intelligence de jeu, TP est utile à son équipe. Il a trouvé de nouveaux moyens de contribuer au succès des siens.

Mais ce n'est pas suffisant. Du moins pas suffisant en comparaison des ambitions de sa franchise. Les Spurs visent le titre. Comme chaque saison depuis vingt ans. Mais pour atteindre les finales NBA, il faudra sans doute - certainement même - passer sur le corps des Golden State Warriors. Et là, sur ce duel précis, la présence de Parker pose problème.

Tony Parker, le "maillon faible" des Spurs contre les Warriors ?

Tony Parker a été transparent contre Golden State hier soir. Tony Parker a été transparent contre Golden State hier soir.

Le temps fait son effet, même sur les grands champions comme lui. Il n'a plus les mêmes jambes. C'est juste logique. Il est maintenant trop lent, lui qui était considéré comme l'un des meneurs les plus rapides du monde balle en main. Le tempo NBA s'est accéléré de plusieurs crans depuis l'émergence du "small ball". Il n'est donc plus assez véloce pour tenir le rythme. Plus assez tranchant pour faire la différence balle en main possession après possession. Plus assez athlétique pour garder le cap en défense. Et ce sont pour toutes ces raisons qu'il était transparent contre les Warriors hier soir.

San Antonio s'est incliné contre Golden State (98-110) pour la première fois de la saison. Une rencontre que Tony Parker a terminé avec une ligne de statistiques vraiment peu flatteuse : 0 point, 4 tirs manqués, 2 petites passes décisives et un différentiel de -7 en 24 minutes. Transparent. Il ne parvient pas à avoir un vrai impact quand une armada aussi effrayante que celle de Stephen Curry et compagnie croise sa route.

Sur qui faire défendre Parker ? Curry ? Thompson ? Durant ?

Il n'est plus assez frais pour ne serait-ce que contenir le double-MVP. Curry s'est régalé. Il a inscrit 29 points, auxquels s'ajoutent 11 passes décisives. Une domination à la mène. Gregg Popovich peut toujours confier la lourde tâche de ralentir le magicien des Warriors à l'un de ses deux meilleurs défenseurs, Kawhi Leonard ou Danny Green. Mais cela reviendrait à laisser Parker se coltiner Klay Thompson (carnage en vue) ou Kevin Durant (massacre interdit aux mineurs en prévision). Un vrai casse-tête défensif. Une lacune criante qui pourrait même pousser Pop à lancer Patty Mills, plus rapide et plus énergique, dans les fins de matches serrées en playoffs.

Des difficultés qui ne se limitent pas à un seul côté du parquet. TP a toujours son petit 'spin move'. Il fait encore mouche à mi-distance. Il trompe les défenseurs les moins attentifs avec ses courses et ses feintes. Mais il ne met plus autant de pression sur la défense adverse. Et cette différence de pression, elle se retrouve donc désormais sur les larges épaules d'un Kawhi Leonard parfois trop seul. Le MVP des Spurs doit à la fois assurer la défense, le scoring et même une large partie de la création. Il a la triple-casquette. Voilà qui en dit long sur son talent mais aussi sur le manque d'options offensives des quintuples champions NBA. Ils sont les seuls candidats au titre à n'avoir que deux "vraies" stars capables de marquer 20 points par match !

San Antonio n'a peut-être juste pas les armes pour battre GS

Mike Conley Mike Conley serait idéal à la place de Tony Parker.

Cette nuit, les Warriors ont pu freiner Leonard parce qu'il était trop esseulé. Ils l'ont gêné sur les picks-and-roll. Ils se sont relayés sur le meilleur joueur adverse, pris pour cible. Il a fini avec 19 points à 7/20 aux tirs. Il n'était pas assez soutenu. Un rôle de lieutenant de luxe que Tony Parker a longtemps assuré mais qu'il n'est plus en mesure, à ce stade de sa carrière, de remplir. Sûrement pas contre la défense mobile et agressive de Golden State. D'ailleurs, même si les Spurs ont battu les Warriors par deux fois, le Français a rarement été le principal artisan de la victoire. Il a inscrit 9 points avec un différentiel de -12 lors du succès inaugural en tout début de saison et il était donc absent lors du deuxième choc entre les deux équipes.

Quelque part, il n'est pas réellement responsable. L'effectif a été construit ainsi. Les Spurs espéraient eux aussi signer Kevin Durant en juillet dernier. Il a finalement choisi Oakland. Ce n'est pas tant que Parker est mauvais - il est toujours bon - c'est surtout qu'il n'est plus assez fort pour que San Antonio soit en mesure de vraiment battre Golden State. C'est peut-être d'ailleurs le seul duel qui pose problème. Contre Utah, Houston ou les Clippers, il fait encore l'affaire. Contre les Warriors, il est trop limité. Il faudrait un Mike Conley à sa place pour vraiment décrocher une nouvelle bague. Ou alors un Klay Thompson pour remplacer un Danny Green incapable de faire la différence en dribbles.

Tony Parker peut encore jouer le titre au sein d'une formation où pullulent les options offensives. Dans une telle configuration, il serait probablement oublié par la défense et pourrait profiter des espaces pour marquer ses points tout en gérant le tempo comme il le fait actuellement. Il a aussi particulièrement besoin d'être entouré de très bons défenseurs pour couvrir ses failles dans ce domaine. Là, dans ces conditions, il serait le maillon faible d'un cinq majeur plus fort. Mais il ne pénaliserait pas son équipe.

Le statut de "maillon faible" ne lui revient peut-être même pas aujourd'hui. Nous serions tentés de le confier à LaMarcus Aldridge. Et c'est encore un autre débat mais, en étant perçu comme une deuxième option, l'intérieur All-Star a sans doute trop de responsabilités. Il n'a pas le mental pour le rôle qui lui est confié. L'histoire joue pour l'instant en sa défaveur. Aldridge n'a jamais été à même de mener son équipe au-delà des demi-finales de Conférence. En revanche, Tony Parker a lui quatre bagues. Il n'a juste plus les jambes pour en ambitionner une cinquième cette saison.